L’ÉCRIVAIN… par Elisabeth LAFONT

L’ÉCRIVAIN… par Elisabeth LAFONT
26 February 2011 Elisabeth Lafont
In Mes textes

Il est là, l’écrivain, assis à ce même endroit depuis longtemps. Il attend.

Qu’attend-il ? La vie passe si vite, se raccourcit et nous emmène vers un terme inévitable. Pour lui, cela n’a aucune importance !

Traqueurs de mots, il sait que l’inspiration va venir, il suffit d’être là, patient et d’attendre dans l’ombre. Le chasseur le sait bien qui guette sa proie pour la tirer dès qu’elle apparaît.

Il les assemblera suivant leurs affinités. Pourquoi celui-ci recherche-t-il celui-là ? Ils portent en eux des aimants qui les attirent irrésistiblement. Un phénomène physique connu depuis la nuit des temps.

Potier, il va les travailler, les transformer, les monter pour tirer de leur masse une œuvre unique.

Chercheur de trésors, il les roulera les uns contre les autres pour découvrir les plus beaux. La mer agit bien de même avec les galets qu’elle laisse sur le sable. Les trésors sont nombreux, certains plus précieux que d’autres. Est-ce le temps mis à les retrouver qui les rend plus chers ?

Prendre son temps. Commencer à tracer les signes, laisser les mots prendre forme, se placer, s’agencer. Quelle alchimie les anime ?

Les écrire ensuite, toujours avec le même crayon. L’usure sied au tissu des mots.

Scribe, il laissera courir son stylo tout au long de la feuille, quitte à barrer et raturer. La censure n’en est pas une quand elle embellit et ravive les couleurs.

Le texte prendra forme entre les barrages érigés. Il se détachera, se libérera. La vie l’a saisi. Il éclatera dans sa nudité et sa justesse. Rien de plus, rien de moins, juste ça…

Alors, il explosera entre les pages jusqu’à éclabousser les objets de la pièce, traverser les murs, même ceux dont les pierres sont ajustées au millimètre. Il débordera. Rien ne résiste à une inondation. Le texte coulera, se répandra, se déchaînera. Le monde saura.

L’écrivain pose son crayon, se lève, s’arrête, pensif. Il se fond dans l’atmosphère.

Son cahier est vide maintenant, inutile… Le crayon gît comme une épave !

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Elisabeth Lafont – Copyright – Février 2011